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Temoignage d'une femme JRI

Je voudrais faire part de mon témoignage quant au métier de JRI que j’ai exercé à France 2 Nice et Paris pendant plus de 15 ans.

Il me semble très important de faire part aux femmes caméraman de mon vécu afin qu’elles puissent se prémunir du même type de difficultés et souffrances.

Je voudrais dire aux femmes qu’il ne faut pas tenter de faire mieux que les hommes, même si ceux-ci exigent de vous des preuves de votre compétence voire de votre force et virilité. 

Les femmes sont plus fragiles physiquement, c’est une réalité. Ceci m’est apparu de façon majeure lorsque l’heure de la ménopause a sonné. Ce travail m’a massacré le dos. Je conseille donc aux femmes caméraman d'utiliser de petites caméras afin de se prémunir contre ce type de douleur. 

Une carrière dans l’image m’a donné la certitude qu’une bonne image n’est en rien liée à la taille et au poids du matériel. Il est donc tout à fait possible de faire un travail d’une grande qualité sans donner à son dos un arrêt de mort. 

J’ai 53 ans et je me lève chaque matin en mettant une heure pour me déplier. Je suis courbaturée de douleurs. Pour les apaiser momentanément, je suis obligée de nager une heure tous les jours. Je vis ainsi à peu près normalement. Dans les périodes où je ne nage pas, j'ai des douleurs constantes et paralysantes en permanence. Mon médecin m’a confirmé que cela était dû au port de la camera et du pied soit 17 kilos pendant des années.

Je sais aujourd’hui que ces douleurs insupportables sont dues à la volonté que j’avais de bien faire. Ceci donc pour avoir porté 17 kg de matériel tous les jours, pour avoir tourné façon "dynamique" à l'épaule, en mouvement, pour avoir fait plaisir à des journalistes incapables de comprendre quoi que ce soit à l'image. Ils pensent en effet toujours que c’est plus branché si c'est en mouvement. Mais il n'y a pas de règle ! C'est plus "branché" quand c'est senti, quand on est "dedans", et pas quand on a mal au dos à se tordre sous une caméra de 10 kilos. 

Dans ce cas, on voit plus rien, on ne sent plus rien, sauf la douleur. Arrivée à l’âge de la ménopause c'est juste l'enfer. Personne ne nous a prévenues. 

C’est pourquoi, aujourd’hui je voudrais dire aux femmes JRI : « Prenez les petites caméras. » Des prix Albert Londres ont été gagné alors que les reportages ont été tourné en mini DV. La piètre qualité des reportages n'est pas dû au matériel, lourd ou léger, mais bien au manque de fond des sujets traités, à la désinformation, au manque de confiance, de communication et de feeling dans les équipes de tournage. 

Je suis en invalidité depuis plus d' un an, pour différentes raisons ayant rapport avec mon activité professionnelle de JRI. Je voudrais que mon expérience serve aux femmes actuellement en activité et qu’elles veillent à leur santé. 

Je suis arrivée à France 2 Paris avec trois tares impardonnables : j'étais une femme. J'avais déjà 40 ans, je venais de province. A cette époque, il n’y avait que deux femmes JRI, dont une que ne tournait plus du tout et l'autre très peu. J'ai été méprisée, malmenée. On ne me faisait absolument aucune confiance. Cela a duré des mois. J'ai dû prouver chaque jour que j'étais aussi compétente que n'importe quel JRI. Il fallait que je sois meilleure. 

Je revenais souvent chez moi le soir en pleurs à cause de la méchanceté de certains journalistes. Après des mois de ce traitement disqualifiant, ils ont commencé à apprécier mon travail et je suis devenue tout à coup indispensable. 

On m'envoyait partout : Afghanistan, Pakistan, Irak etc. Elevant seule mes deux enfants, je devais aussi préserver ma famille, je refusais pour cela de partir trop souvent. Pour être auprès de mes enfants. 

Et puis, du jour au lendemain, vous êtes remplacée... Ils ont trouvé un autre JRI plus disponible, plus je ne sais pas quoi. Alors on vous pose là sur le canapé et c'est fini, vous ne faites plus rien. Vous n'êtes plus à la mode. Ca, c'est pour tout le monde, les hommes comme les femmes ...

Il faut se préserver, c'est impératif. Votre dos, votre santé, est une richesse qu’il faut préserver à tout prix.

Aucune confiance ne m’était faite. Seul le chef de service de l'époque qui savait voir une image me mettait sur les coups. Les rédacteurs étaient odieux, presque tous. Sur le terrain c'est impossible pour le rédacteur de voir ce que tourne un cameraman. Ils ne me faisaient donc pas confiance. Je tournais souvent au télé, au doubleur (ce n'était pas très à la mode a l'époque) mais l'image est plus belle suivant les cas, et les gens plus naturels puisqu'ils n'ont pas une caméra sous le nez. Quand il n'y a pas de confiance 

dans l'équipe c'est la certitude de faire un mauvais reportage. Ce n’est pas une question de matériel, jamais !

Je me souviens d’un jour ou un rédacteur m'a laissé porter la camera, batteries et pied depuis le parking où nous étions garés jusqu’au lieu de tournage, soit une heure de marche en me disant que j'avais choisi un métier d'homme et que donc il ne m'aiderait pas à porter le matériel, je n’'avais qu'à assumer... Je venais d'arriver à Paris. J’ai donc porté pied et camera (17 kg) sans broncher. 

Mais je donne le conseil aujourd'hui à toutes les femmes cameraman de ne jamais accepter un tel mépris, car il en va de leur santé et c'est inacceptable.

Je regrette aujourd’hui d’avoir voulu prouver contre vents et marées la qualité de mon travail et ce en m’égarant dans un chemin qui n’était pas le bon. Il n’est en effet pas utile de prendre le matériel le plus lourd, le plus imposant pour faire une image intelligente, une image qui a du sens. Il s’agit de se sentir bien dans l’équipe, d’être respectée. Si ce respect n’est pas présent, ne vous laissez pas démonter et ayez suffisamment confiance en vos qualités professionnelles pour ne pas avoir à prouver quoi que ce soit par la démonstration de votre force.

 

Diane richard